SAR de Mayotte

Schéma d’Aménagement Régional de Mayotte

FAISONS LE DEPARTEMENT

Maquette de Mayotte // in process, réalisée dans le cadre des études du SAR,
au 6B / ST DENIS / équipe Harappa Paris / départ vers Mayotte prévu en avril 2019

Pourquoi un tel titre pour un SAR ?

Parce qu’il s’agit de concrétiser dans les faits ce que le statut de département implique, de concevoir et de mettre en œuvre le projet que le statut de département sous-tend. 

« Faire le département » à Mayotte, ne consiste pas en des embellissements, des ajustements ou des parachèvements statiques. C’est un objectif qui s’inscrit dans une dynamique contemporaine, celle de la jeunesse et de la progression démographique insulaire irrépressible, car les femmes qui font et feront nos enfants demain sont déjà nées, celle d’une région dont les liens se réactivent joyeusement : liens ethniques, culturels, religieux, politiques, commerciaux depuis de très nombreux siècles entre Madagascar, les Comores, la Tanzanie, le Mozambique, le Kenya. Théâtre, musique, chants, danses, accompagnent les échanges de tissus, de vêtements, de meubles, de composants décoratifs, de tôles, de quincaillerie, de conserves, de denrées alimentaires qui permettent à notre population de se nourrir, de se vêtir, d’équiper et de décorer leurs maisons dans une économie soutenable pour le plus grand nombre.

Et pour toutes ces raisons « faire le département » s’apparente pour certains à une gageure, ou à une galère, et pour d’autres dont nous sommes à un voyage dans l’espace et le temps.

Dans l’espace, car depuis trop longtemps notre espace de référence s’est limité à la perception d’une mère nourricière et lointaine à ses iles éparses et ses français du bout du monde que l’on ne pouvait atteindre que par un long vol fastidieux. Mayotte, la Réunion, deux iles que l’on a pu croire si proches au point d’en concevoir une Région.

Dans le temps, parce que « faire le département » ne se résume pas en termes de retard à rattraper, de différences à niveler, de modèle à suivre. Les enfants qui naissent aujourd’hui auront plus de trente ans en 2050. Notre ile sera toujours musulmane, le premier département français à majorité musulmane depuis la décolonisation. Et je ne vois pas pourquoi Clovis et Charles Martel se retourneraient dans leur tombe. Mayotte sera plus que jamais reliée à l’Europe et au monde. Et elle ne sera jamais un petit bout de Lorraine perdue dans l’océan Indien, ce rêve si réunionnais.

Ce voyage dans le temps est celui d’une communauté, les habitants de Mayotte, dans leurs spécificités et leurs diversités. Une communauté qui voyage n’est pas composée de passagers passifs dans le paquebot des Costa Croisières, mais de voyageurs qui font équipage et même de ses clandestins.

Ceux d’en haut, sur la passerelle, ont conscience que voyager dans le temps dépend de la dynamique du banc de rame, que le voyage d’une communauté dépend de l’adhésion de la communauté aux objectifs et aux risques du voyage et que tout voyage peut connaître des mutineries.

Depuis 1976, la communauté de Mayotte ne s’est pas arrêtée, elle grandit, bouge, se forme, Cependant le pont Bailey de Dzoumogné n’a pas bougé d’un pouce depuis 1988, nous le devons à Cheminade, et cela malgré une tentative avortée en 2013.

Le voyage dans le temps, est celui du temps des mutations des données démographiques, des visions conceptuelles, des évolutions éthiques.

Concevoir le SAR c’est s’assurer que le temps de la passerelle et le temps de l’équipage soient bien coordonnés.

Concevoir le SAR s’inscrit donc dans une politique et une éthique en mouvement. Deux grandes tendances s’affrontent :

Celle du pont Bailey, de l’angoisse, de la conservation des acquis, de la fermeture et du rattrapage comme seul objectif lointain, le pied sur le frein, et la réticence aux lèvres.

Celle d’une ile coûteuse qui se résume à ses 375 km2 rongés par les bidonvilles à 8039 km de la capitale.

Celle de l’ouverture à la région vraie et au monde, à l’image de son port dynamique, de sa population voyageuse, de ses maisons colorées, de ses minarets, de ses poètes, de ses chanteurs, de ses femmes maires, de ses « Chatouilleuses » gouailleuses et rieuses, de ses jeunes avocats, architectes, médecins, ingénieurs, informaticiens, entrepreneurs, commerçants, et de ses élus.

Celle d’une ile composée de terres et de l’eau de son lagon soit plus de 1575 km2 de potentiels et de perspectives, à 935 km de Dar es Salam, 1966 km de Maputo, 342 de Majunga, 1577 km de Nairobi, 505 km de Pemba, 242 km de Moroni, 1264 km de Lamu, 988 km de Zanzibar.

Conception de la maquette de Mayotte /// in process /// Harappa 6B St Denis